Chez Wam

"Mon meilleur conseil à l'attention de quelqu'un qui veut se mettre à faire de la musique : imaginez que la musique est une grande Mona Lisa et dessinez-lui une moustache !",

Flea.

:-)

lundi 23 février 2015

Un Genre [New Wave], Une Décennie [80'S]... (5) : 1ère Partie : Punk/Post Punk 77/82.



« Les Sex Pistols ont chanté "No Future", mais il y a un futur et nous essayons de le construire », Alex Ravenstine (Pere Ubu, 1978).

Presque deux ans... C'est le temps qu'il m'aura fallu pour "chier" cet article... C'est dire qu'en fin de compte, ce courant ne se résume pas à sa frange commerciale. Effectivement, la période New Wave est un courant assez mal connu, détourné, caricaturé et surtout bourré de clichés (= attachement pathétique de certains quarantenaires à une musique "Top 50) et ce que certaines maisons de disque en ont fait. 
Au fil de redécouvertes - et découvertes - faites pendant ce temps d'écriture (ainsi que pas mal de lectures depuis près d'un an) ne font que confirmer ce goût que j'ai toujours eu pour ce courant musical qu'est la New Wave. Je n'ai jamais vraiment su pourquoi cette période me fascinait autant ou plutôt si mais inconsciemment. Mon entourage, bien que petite à l'époque (j'ai 38 ans faites le calcul...), a beaucoup influencé mes goûts en devenir, bien qu'ayant eu ma période "groupie" comme toute ado qui se respecte. Ma maman pour commencer : je me rappelle d'une cassette en particulier qui traînait sur la chaîne stéréo comme le "Speak And Spell" des Depeche Mode; il y a ensuite ma tante qui était fan d'Iggy Pop, des Talk Talk et de Nina Hagen; et mon oncle qui lui était plus tourné vers les Sex Pistols et les Clash mais il me semble bien avoir vu un vinyl de Public Image Limited... Après coup, effectivement, c'est "First Issue" avec Johnny Rotten en gros plan. Son regard m'avait interpellé à l'époque. Tous ceux-là ont bien évidemment un lien entre eux... Sans oublier les émissions de l'époque comme Les Enfants du Rock ou Lunettes Noires Pour Nuits Blanches, sans oublier les Nuls et Canal +. Cette période m'a marqué parce qu'elle me rappelle tout bonnement mon enfance.
Il y a quelques temps, je suis tombée sur ces vidéos de l'émission de Frédéric Taddei, "Ce Soir Où Jamais", datée du 11 février 2008 (que j'avais déjà vu mais complètement zappé), où était débattu la genèse du courant, avec en invité Jean Rouzaud, chroniqueur à Radio Nova et Christophe Bourseiller, pour la sortie de son livre sur la période Punk/New Wave, "Génération Chaos : Punk, New Wave / 1975-1981"(1ère Partie ICI, Seconde Partie ICI). La question était de savoir si la New Wave allait dans la continuité de Mai 68 ou au contraire, était en totale rupture. Pour moi, la question n'a pas vraiment été élucidée au cours du débat. Cela ressemblait plus à un combat de coq qu'autre chose... La question était tout de même très intéressante et pour le coup, je suis restée sur ma faim.
Chaque mouvement musical relève d'un contexte économique et social, et donc bien plus complexe qu'il n'y parait. La New Wave n'y coupe pas. Je fais donc une part belle aux textes des albums présentés dans cet article pour la simple et bonne raison que les titres qui les contiennent sont le reflet d'une époque. Je ne vais évidemment pas vous recracher l'Histoire Mondiale de l'époque, ce serait trop long et puis pas les connaissances nécessaires pour; mais pour vous donner une idée de la société de l'époque. Personnellement, je trouve qu'un texte est aussi important que la musique qui l'accompagne, il donne une certaine justification au ton adopté à la musique formant un ensemble indissociable.
Il faut donc remonter jusqu'au mouvement Punk pour en voir les prémices, et même plus loin, jusqu'au courant "Garage Punk" américain des 60'S plus exactement, puisque nos chers punks brittons l'ont repris à leur tour, à ceci près que le message est plus radical.
Aux Etats-Unis, la déferlante "Flower Power" opère toujours. Mais certains artistes se lassent de ce rock devenu trop conventionnel à leur goût et opèrent dans leur "garage" toutes sortes d'expérimentations musicales couplées à des textes plus subversifs (drogue, alcool, sexe, sado-masochisme, homosexualité...). Il en résulte l'apparition d'un mouvement contre-culturel gravitant autour de la fameuse "Factory" d'Andy Warhol, labo expérimental, et un certain Velvet Underground mais aussi l'apparition de la formation de l'iguanant Stooges, du parodique NewYork Dolls ou encore de l'explosif MC5.
Quelques notes Garage Punk exportées en sol britannique et c'est la révélation. La déferlante punk s'abat en Angleterre, (presque) initié par un qui avait senti le coup venir : Malcolm McLaren... Au début des 70's, il tient, avec sa femme Vivienne Westwood une boutique de vêtements, Paradise Garage... Suivant les modes du moment, leur boutique change régulièrement de thème. En 74, il devient le manager des New York Dolls mais les membres se séparent suite à l'arrestation des fournisseurs du groupe lors d'une tournée en Floride. Suite à cela, il revient sur Londres. Un petit groupe de musiciens (et visiteurs réguliers de la boutique), The  Strand, lui demande de devenir leur manager, ce qu'il accepte. Il ne manque plus qu'un chanteur... John Lydon est repéré grâce à un tee-shirt ("Je déteste Pink Floyd") qui attire l'oeil de McLaren. Malgré une prestation minable à l'intérieur même du magasin, il l'engage parce qu'il trouve le personnage intéressant... Sid Vicious fait son apparition en 77 en remplacement de Matlock (incompatibilité d'humeur avec Lydon, exacerbée par MacLaren). Les Sex Pistols prennent définitivement forme.
Un évènement va propulser les Sex Pistols sur le devant de la scène : le 1er décembre 1976, ils remplacent au pied levé les Queen, invités ce soir là (problème de déplacement), dans l'émission de télévision "Today" présentée par Bill Grundy. L'interview entre le groupe et le présentateur tourne au pugilat... Le lendemain, l'intervention bordélique des Sex Pistols provoque un tollé dans les journaux. La vague Punk commence réellement à faire du bruit après cet événement "médiatisé".
L'idéologie Punk rompt avec l'idéologie hippie. C'est la fin des illusions, le rejet des valeurs établies. L'incertitude, l'inquiétude face au contexte mondial de l'époque (guerres, crise pétrolière, exclusion sociale...) fait place et casse l'optimisme soixante-huitard. Les punks glorifient tout ce qui fait fuir les hippies : "(...) Le punk Comme Warhol, embrassait tout ce que les gens cultivés et les hippies détestaient : le plastique, la junk food, les séries B, la pub, faire du fric - bien qu'aucun d'entre eux n'en ait jamais fait." (Mary Harron,  réalisatrice, productrice et scénariste d'American Psycho notamment canadienne, après un entretien avec les Ramones).
Un autre courant se détache peu à peu du Punk, œuvrant principalement sur le terrain de l'expérimentation, le Post-punk... Cette révolution musicale initiée par le Garage Punk new yorkais, et un album de Lou Reed en particulier, "Metal Music Machine", va renforcer l'envie, de toute une flopée d'artistes, de prendre ce chemin de traverse mais aussi, une volonté assez marquée de contester les rêves de gloire et d'argent des principales maisons de disque.
Bien que "Metal Music Machine" ait été pris pour une farce au départ, aujourd'hui, il en est tout autrement :  En 1975 sort cet ovni. Les acheteurs l'ayant écouté sont pris de panique et tellement surpris par ce qui s'y trouve, rapportent leur exemplaire pensant à un problème technique ... Lester Bangs, "stupéfiant" journaliste et critique musical américain, donna une définition limpide de ce concentré avant-gardiste, lors d'un article paru en 1976 dans le magazine Creem :   […] « laissez moi vous expliquer que nous avons là un double disque d’une heure et rien d’autre, absolument rien d’autre, que du feedback hurlant enregistré à des fréquences diverses, rejoué sur diverses autres couches de bruit, fendu en deux sur deux canaux totalement séparés, composé de cris perçants et de sifflements parfaitement inhumains et vendu à un public qui y était, pour nous exprimer aussi posément que possible, fort médiocrement préparé ». Alors ? Gros foutage de tronche (pour rester polie^^) ou la tentation de n'en faire qu'à sa tête et d'essayer de sortir des sentiers battus en tentant le tout pour le tout  ?? Lou Reed changea constamment de version quant à la genèse de cet album qu'il a toujours été difficile de savoir ce qu'il en était réellement. Toujours est-il que "Metal Music Machine" n'a laissé personne indifférent : pour les uns, il devient un objet de culte à la pointe de l'avant-gardisme et précurseur de l'expérimentation musicale; pour les autres, du gros n'importe quoi destiné à clore son contrat avec RCA pour passer chez Arista..
Public Image Limited opère une rupture entre le Punk et le Post punk (sans toutefois y parvenir complètement...). La révolution sonore Post punk est en marche. Ses préoccupations se veulent plus immatérielles et intérieures que celles du Punk qui elles sont terre à terre. "Metal Box" marque la naissance de la New Wave. Le terme n'est pas encore très bien défini, puisque en 78, la musique ne se classe pas encore dans des tiroirs bien distincts. Il fut utilisé plus tardivement pour désigner les futures formations utilisant plus outrageusement les synthés et les boites à rythmes. Malheureusement, une commercialisation outrancière du genre va lui faire du tort au point que l'on sera obligé de d'inventer le terme "alternatif" pour réussir à faire la différence avec cette frange sans consistance qu'est une partie de la Synthpop (=sous-culture). Dans les années qui suivent, et grâce à cette volonté d'indépendance artistique de la scène Post-punk et New Wave, les labels indépendants vont connaître leur âge d'or.




Livres : 
"Punk, Sex Pistols, Clash... Et L'explosion Du Punk", Bruno Blum, Hors Collection Editions, 2007.
"Rip It Up And Start Again, Post Punk 1978-1984", Simon Reynolds, Editions Allia, 2007. 
"Génération Chaos, Punk, New Wave 1975-1981", Christophe Bourseiller, Editions Denoël X-trême, 2008. 
Films
"Control" d'Anton Corbijn, 2007, sur la vie d'Ian Curtis, leader de Joy Division. 
"24 Hour Party People" de Michaël Winterbottom, 2002, qui évoque les acteurs de la scène Rock de Manchester qui s'articule autour de la vie de Tony Wilson et de son label Factory Records.



David Bowie

Un monument Post Punk à écouter en priorité avant le reste. Une des œuvres magistrales de l'inénarrable Bowie de la Trilogie Berlinoise commencée il y a de cela... 37 ans !
"Speed Of Life", titre ouvrant "Low" entonne une atmosphère très garage qui préfigure quelques années en avance dont la frange 85/90 s'en trouvera éprise. Avec "Sound And Vision", il fusionne Rock anglais et Pop Synthétique. Cet album est aussi particulier dans la mesure où il a été enregistré dans une ville encore sous le choc de la Seconde Guerre Mondiale. Pas étonnant en soi de retrouver quelques titres, comme "Warszawa" qui décrit la misère à Varsovie sous l'ère communiste ou encore "Weeping Wall" qui exprime le désarroi qu'a créé le Mur de Berlin, les déchirements familiaux et le déracinement en adoptant un style "Science Fiction" histoire de marquer encore plus le chamboulement psychologique que peut impliquer une perte d'identité. Bowie et Eno travaillent cet album avec un style très particulier, celui des "hasards" : chaque musicien qui devait jouer un morceau recevait une carte "au hasard" sur laquelle était inscrite comment il fallait le jouer. De même que pour certains textes qui deviennent pour le coup assez burlesques.
Un album expérimental qui marquera durablement avec la reprise de nombreux effets par un de nos chouchous des 90'S, Nirvana ou encore les Guns N' Roses...



Groupe (ou ce qu'il reste de la formation de départ datant de 76) tout aussi énorme que sa discographie avec pas moins de 27 albums au compteur et un leader aussi pathétique (alcolo, violent, odieux...) que génial... Ajouté à cela une longévité hors-norme. Le nom du groupe a été choisi en référence à "La Chute", livre d'Albert Camus.
Mon coeur balançait quant au choix de l'album, j'en ai mis donc deux : l'un représentant la période Punk, son brut de décoffrage, teigneux et un chouille "Rockabilleux";  et le second Post-punk, avec un groupe rentrant dans sa période expérimentale (et de loin la meilleure) en y intégrant un synthé ("English Scheme"), un kazoo ("New Face In Hell") entre autres... Tout aussi important que la qualité de leur musique, leur engagement social... Le thème de l'indignation (sous acide... Ils pratiquaient ce que Smith appelait "The Real Heavy Stuff", de la musique faite par et/ou pour des personnes sous drogues...) contre toutes les formes de pouvoir reste invariablement le même, de la période punk à aujourd'hui. Ils prônent la défense du prolétarien telle qu'elle serait décrite dans un film de Ken Loach mais restent toutefois autonomes face aux groupuscules d'Extrême-gauche. Les musiciens sont réputés pour être des lecteurs chevronnés. Ils reconnaissent volontiers que leurs textes sont influencés notamment par William Burroughs, écrivain américain, auteur de "Naked Lunch" ("Festin Nu", écrit sous l'influence de drogues hallucinogènes - roman adapté par David Cronenberg en 91). Il forma avec Jack Kerouac et Allen Ginsberg, la "Beat Generation", mouvement littéraire et artistique initié dans les années 50, précurseur du mode de vie "Hippie" : "La Beat Generation tenta de réveiller le corps et l'esprit : voyager sous d'autres cieux, boire, se droguer, appeler Dieu ou le rejeter, abolir toutes les conventions, toutes les traditions, partir seul ou à plusieurs, rêver sa solitude, vivre son enthousiasme aussi bien que sa dépression, brûler sa vie jusqu'à se détruire. La leçon est donnée; sera t-elle suivie par les générations futures ? Il semble que les jeunes, nés après 1960, soient plus pragmatiques, donc plus traditionnels" (passage tiré de l'article de Jacqueline Starer, paru dans "Le Matin De Paris", novembre 1977).
Sur "Dragnet", "Dice Man" est une référence au livre de Luke Rhinehart, "The Dice Man" ("L'homme Dé", excellent bouquin). La chanson retranscrit les toutes dernières pages d'un livre écrit dans les années 70 en pleine libération sexuelle; également influencé par William Butler Yeats, pour le côté "révolté" puisque Yeats était impliqué dans le nationalisme irlandais et fut aussi sénateur de "L'Etat Libre D'Irlande", et ce, durant deux mandats. Sur "Grotesque", "The N.R.W.A" est la description d'une pseudo guerre civile d'une Angleterre coupée en deux ou le sinistre Nord, duquel le personnage fait partie, affronte le Sud où règne "un gouvernement de merde" mais de toute façon, "The North Will Rise Again"...
The Fall, un groupe essentiel de cette riche période et toujours actif avec un Mark E. Smith, toujours aussi odieux...



Public Image Ltd 
First Issue (1978) + Metal Box (1979)

Les Sex Pistols se séparent en 78 et Johnny "Rotten" redevenu John Lydon s'envole (avec le tout jeune patron de Virgin, Richard Branson) pendant trois semaines en Jamaïque. De ce voyage, il rapporte dans ses bagages ce son reggae/dub assez lourd perceptible dès le premier album du groupe qu'il vient de former avec Jah Wobble : Public Image Limited, en référence au roman de Muriel Spark, "L'image Publique" (Fayard, 2000).
"First Issue", en 1978, marque les débuts d'un son alternatif caractéristique des 80'S tout en lorgnant sur la musique synthétique (sur le titre "Fodderstompf" plus particulièrement) avec l'utilisation de boites à rythmes et d'un phrasé rap. Mais c'est surtout un règlement de compte avec Malcolm Mc Laren, son ancien manager ("Public Image" + "Low Life"); avec l'Eglise Catholique accusée d'être tout bonnement une secte, profitant ainsi de la naïveté de ses pratiquants en leur extorquant de l'argent contre une promesse de bonheur ("Religion I" + "Religion II"); "Theme", titre ouvrant l'album, fustige les médias et la musique business, celle là même qui l'a pris pour un pantin en annonçant ainsi le "suicide" des Sex Pistols, groupe préfabriqué (musique sombre qui annonce la couleur de l'album, mélange dub et Krautrock expérimental); avec la drogue ("Attack"). "Annalisa" parle d'un fait divers qui a du le marquer... Lydon nous raconte l'histoire d'une jeune allemande épileptique, Anneliese Michel, enfermée dans une cave par ses parents qui la croyait possédée... Pour la petite histoire, la pochette ne comportait que 5 titres à l'origine (le vinyl en comporte 8)  puisqu'à la date de sortie de l'album, le 1er octobre 78, seulement 5 titres avaient été enregistrés... De plus, "Fodderstompf" (titre expérimental et dub à souhait, pur délire Vs Lutins Crétins) qui clôt superbement "First Issue", a surtout été composé pour remplir la durée contractuelle du disque à savoir 40 minutes... Si "First Issue" n'était qu'un échauffement, avec "Metal Box" on passe aux choses sérieuses...
La page est définitivement tournée pour ce qui est de la structure "Punk" qui apparaissait toujours dans le premier opus. Ce second album, plus abouti, est emprunt d'un son encore plus novateur dub/new wave, dansant mais toujours aussi sombre plus brut, sublimé par le chant haineux et nasillard d'un Johnny (EX) "Rotten" en pleine métamorphose, l'énorme coup de baguette de Martin Atkins et la basse magique de Jah Wobble. Les thèmes abordés dans "Metal Box" sont sensiblement les mêmes que dans "First Issue" : toujours aussi noir et glauque; un goût toujours aussi prononcé pour les faits divers ("Poptones", l'histoire d'une nana enlevée, molestée et enfermée dans le coffre d'une voiture; "Bad Baby", l'histoire d'un bébé abandonné sur le parking d'un supermarché), quelques coups de poings bien sentis à la politique de Magaret Thatcher ("Socialist"), à la religion et plus particulièrement aux Croisades et à l'Inquisition ("Chant"), à la guerre et son inutilité ("Careering") mais aussi un hommage à la maman de Lydon, souffrant d'un cancer ("Swan Lake"). John Lydon débarrassé de toute encombre marketing, nous balance à la tronche toute l'étendue de son talent avec ces deux albums d'une qualité presque irréprochable.
"Metal Box" est assurément un des albums fondateurs du Post-punk, avec une furieuse envie d'en découdre et de tourner la page une bonne fois pour toute.  Cet album, terriblement dansant malgré sa noirceur, fait surtout exploser la New Wave, courant en gestation depuis le Garage Punk new yorkais.



The Slits 

Traduisez "Les Fentes"... Normal pour des gonzesses me direz vous ^^ Un des rares groupes totalement féminin et féministe de la scène Post-punk. Elles sont d'ailleurs plutôt bien accueillies par la scène masculine Punk. Album aux sonorités reggae/dub plus marquées que ceux de "Beau Papa" (Ari Up, la chanteuse, est la belle-fille de John Lydon) avec une reprise étonnante de Marvin Gaye. "Typical Girl" (femme moyenne) critique la place de la femme dans la société de l'époque et le fait que les femmes en général se comportent en femmes totalement soumises en s'ôtant au passage, le droit de penser...
Elles s'inscrivent à la longue liste des courants musicaux, en devançant, par leur discours en faveur des femmes, l'éphémère mais toutefois marquant mouvement Riot Grrrls, punk féminin et estudiantin des 90's.



Groupe culte de la période et très influent, influence non proportionnelle sur les ventes de leurs disques à l'époque mais de toute façon, les artistes talentueux et innovateurs sont en général rattrapés par leurs âmes soeurs... Sonic Youth, pour ne citer qu'eux.
"Pink Flag" est un album aux titres généralement courts, restant dans la mouvance Punk.
Avec "Chairs Missing", leur musique infléchit vers l'expérimentation et plus particulièrement vers une musique déstructurée et dissonante, un bazar réfléchi qui donne un album-concept tournant autour de la Folie. Rien que le nom de l'album ne fait aucun doute sur la direction qu'ils donnent à ce revirement expérimental : "Chairs Missing" fait référence à une expression argotique britannique qui signifie tout bonnement "Avoir une araignée au plafond".
"154" est la continuité de l'inflexion musicale initiée par le précédent opus.
Certes, Wire pourrait passer aujourd'hui pour des petits joueurs et aujourd'hui, nous pourrions vulgairement classer leurs albums dans la catégorie Indie Rock... Il ne faut pas oublier que nous sommes au milieu des années 70 et que la démocratisation de la musique électronique n'en est qu'à ses débuts. Il faut donc se replacer dans le contexte de l'époque pour les apprécier à leur juste valeur. Mike Thorne, producteur de "Chairs Missing" a une idée de génie en ajoutant à la rigueur de Wire, ce (allez soyons fous^^) petit grain de folie qui lui donne ainsi une dimension toute moderne.
En bref, ne nous y trompez pas, Wire reste une référence indéniable du Post-punk ainsi qu'une influence notable dans le petit monde indépendant. 



The Birthday Party, né sur les cendres de l'éphémère Boys Next Door (référence à la pièce de Tom Griffin, parlant de la vie d'handicapés mentaux), est la formation qui à vu naître les débuts de nos deux futurs Bad Seeds, Nick Cave et Mick Harvey, peu après leur arrivée à Londres en 79. Viennent ensuite s'ajouter Phill Calvert (Batterie), Tracy Pew (Basse) et le talentueux Rowland S Howard (Guitare). The Birthday Party évolue sur le tout naissant mouvement Post Punk tout en y mêlant leurs influences Rockabilly et Blues (surtout avec les Bad Seeds). Leurs albums sont principalement marqués par une rythmique explosive et un son abrasif, avec en toile de fond des paroles obscures, sombres et très métaphoriques. Sans oublier l'influence notoire qu'ils auront sur le courant gothique (Bauhaus pour ne citer qu'eux). 
L'album éponyme, sorti en 1980 , contient 10 pistes et crédité sous le premier nom du groupe, Boys Next Door . Il a connu une seconde vie puisque, il a été couplé à quelques singles supplémentaires ("Catholic Skin", "Faint Heart" et "Death By Drowning") se trouvant sur l'EP « Hee Haw » sorti en 79 (pressé à 500 exemplaires... Si un jour vous l'avez dans les mains, dites vous que vous avez gagné votre journée) pour donner le « Hee Haw » de 1988 crédité cette fois ci sous The Birthday Party. 
Si le premier opus, « Door Door » des Boys Next Door, paru en 78 sous la première mouture du groupe, paraissait un brin juvenile et artisanal (la voix de Nick Cave est méconnaissable), avec « The Birthday Party » on assiste à une véritable métamorphose en passant carrément à l'opposé : The Birthday Party se caractérise par son extrême intensité, son atmosphère lugubre retranscrite par une basse vrombrissante (sur le déjanté "Hats On Wrong"), des guitares sur le fil du rasoir, des crissements de saxo et de clarinette (sur l'inquiétant "Guilt Parade") et le chant caverneux et plaintif d'un Nick Cave à qui ont auraient planté un poignard en plein coeur...  Des titres tels qu' "Happy Birthday", "Waving My Arms" ou "The Hair Shirt" aussi brutaux soient-ils, révèlent une formidable énergie du désespoir. Sans oublier l'étonnante reprise de Gene Vincent "Cat Man", version danse macabre et psychotique.
Aussi courte fut la vie de la formation, cet premier jet Post punk est juste un formidable chef d'oeuvre macabre de chants funèbres. Simple et brutal, The Birthday Party marque une entrée en matière plus que prometteuse d'une musique inclassable et caractéristique de la très longue carrière de Nick Cave, digne successeur noir de Leonard Cohen. 
Ptit bonus : Reprise de Nancy Sinatra "These Boots Are Made For Walking" (1978) =  http://www.youtube.com/watch?v=GQwr7OnPKH8&feature=player_embedded




Suicide 

Sur le terrain de l'expérimentation avant-gardiste, on trouve aussi l'inclassable album éponyme de Suicide paru en 1977.
Au moment où pullulent riffs travaillés, rythmes syncopés et  majestueuses lignes de basse, Suicide choisit de faire le plus minimaliste (binaire et répétitif) possible en optant pour le synthé accompagné de divers instruments destinés à distordre les sons comme les boites à rythme ou le séquenceur par exemple.  Ajouté à tout cela le chant plaintif d'Alan Vega, on obtient un disque hors-norme, s'éloignant du conformisme musical de l'époque. Difficile encore de s'imaginer en 77 que "Suicide" est l'une des nombreuses influences (parmi Kraftwerk, Can, Bowie ou Eno) de beaucoup de courants musicaux en gestation à ce moment là.



Gang Of Four  
Entertainment ! (1979)

Il ne fait aucun doute sur l'engagement "anarchique" des Gang Of Four : d'abord, le nom de cette formation, à savoir le nom d'un groupe de dirigeants communistes chinois accusés d'être les instigateurs de la Révolution Culturelle (qui a eu lieu de 1966 à 1976, avec son lot de massacres) et démis de leurs fonctions par Mao Zedong.
Le visuel cynique de la pochette : image peu commune que celle d'une empoignade entre un indien et un cowboy avec tout autour des images cette phrase : "The Indian smiles, he thinks that the Cowboy is his friend. The Cowboy smiles, he is glad the Indian is fooled. Now He can exploit him" = "L'Indien sourit, il pense que le Cowboy est son ami. Le Cowboy sourit, il est heureux que l'Indien ait été dupé. Maintenant, il peut l'exploiter." Avec cette "image", ils jouent, en gros, "aux cowboys et aux indiens" en critiquant de façon cynique l'image qu'ils se font de la société anglaise en marquant leur opposition au gouvernement thatchérien aussi bien dans sa politique intérieure qu'étrangère... Et surtout en jonglant avec les jeux de mots et les double-sens : Leurs textes en recèlent pas mal si on y prête attention quelques instants. "Damaged Goods", au premier abord, raconte l'histoire d'une rupture entre un homme et une femme apparemment amants. Si on prend les paroles de ce titre sous un autre angle, on pourrait ici voir l'histoire d'un homme en rupture avec son pays, un désamour transformé en dégout au fil des actes infâmes d'une femme (image métaphorique =  l'Angleterre), la "Dame de Fer"... En même temps, c'est une interprétation toute personnelle qui n'engage que moi ! Les autres thèmes abordés sont le concept marxiste de l'aliénation par le travail ("Natural's Not In Me"), la théorie du Grand Homme, élaborée par Thomas Carlyle (écrivain, satiriste et historien écossais) et qui énonce, en gros, que l'Histoire s'explique par l'impact "d'un grand homme", tel que Napoléon ou César ("Not Great Men"), la marchandisation des loisirs, traités comme de simples produits de consommation ("Return The Gift"),  la condition de l'homme moderne ("At Home, He's a Tourist"), la guérilla en Amérique Centrale, la future Guerre des Malouines : l'Argentine devient une dictature militaire à partir de 76 ("5.45"), le statut spécial des prisonniers en Irlande du Nord ("Ether").
 L'impact de cet album d'un point de vue musical est énorme : la jolie ligne de basse prédominante sur tous les titres a influencé un certain Flea. D'ailleurs, quand on lui demande d'où vient ce son si caractéristique des Red Hot, il cite "Not Great Man". De même que le jeu du guitariste Andy Gill a influencé The Edge, au point de se demander s'il n'y a pas un peu de copiage de sa part... Allez, on lui laisse le bénéfice du doute... ^^ Toute ressemblance avec une chanson des Gang Of Four serait purement fortuite...

U2 + Rage Against The Machine = Ether
Franz Ferdinand =  Damaged Goods
Dead's 60 = It's Her Factory
Radio 4 = Le nom et l'ensemble de la discographie...
Bloc Party - 5.45
Gossip = At Home, It's A Tourist
The Wombats = Outside The Train Don't Run On Time



Magazine 
Real Life (1978)

En 1977, Howard Devoto quitte les Buzzcocks, formation d'obédience Punk et désire passer à une musique différente, moins soumise au mercantilisme mais surtout outrepasser les codes en explorant des sonorités moins conventionnelles. Il fonde Magazine, entouré du guitariste John McGeoch (parti ensuite chez Siouxie And The Banshees, Visage et autres PIL), de Barry Adamson à la basse (lui aussi passe chez Visage avant d'intégrer les Bad Seeds), Martin Jackson à la batterie mais qui ne restera que le temps de cet album, ensuite remplacé par John Doyle, et le claviériste Dave Formula. "Real Life" est un des albums qui préfigure la New Wave et à juste titre : arrangements semi-funks, nappe synthétique voluptueuse, quelques instruments assez peu utilisés en temps normal dans le punk/post-punk comme le saxo et le piano. Ceci dit tout cela reste très punk en soi si on prend en exemple le titre "Recoil" gardant la rythmique rapide et une batterie assez marquée qui caractérise le son punk. Textes très littéraires et relativement peu accessibles  (je me suis bien cassée la gueule en essayant de les déchiffrer avec mon anglais intuitif...) mais "Real Life" traite d'un manière générale de la solitude, de l'aliénation de soi, l'enchaînement des masses avec la vision assez négative que la société n'offre aucune échappatoire... Bienvenue dans la "vraie vie" :-)



Young Marble Giants
Colossal Youth (1980)

Gallois de leur état, Alison Statton, Stuart et Philip Moxham n'ont brillé que le temps d'un album "Colossal Youth". Parfois, c'est avec trois fois rien que l'on fait la meilleure musique. Bon enfin pas tout à fait quand même... les YMG réussissent un joli tour de passe-passe en intégrant intrus de base (voix, gratte, basse), le stylophone (= cousin du xylophone mais électronique, d'où sort un son assez minimal, auquel on peut y ajouter une pédale multi-effets pour l'enrichir; Krafwerk et David Bowie l'ont aussi utilisé), la boite à rythmes et le synthé, le tout formant une musique surranée à souhait qui aura réussi à retenir l'attention de beaucoup d'artistes en devenir tels que Kurt Cobain. Sa veuve a ainsi repris "Credit In The Straight World"  sur l'album "Live Through This" en 1994. De plus, le fait que "Colossal Youth" ait  été enregistré en trois jours n'est pas tout à fait un hasard... Ils souhaitaient garder une certaine spontanéité et faire une musique vivante. Les seuls changements faits après enregistrement sont l'ajout d'un slide sur "Include Me Out" et la déformation des voix sur "Eating Moddemix". Pour le reste, si vous êtes dépressifs, évitez de vous pencher sur les paroles...



Siouxsie And The Banshees
The Scream (1978) + Kaleidoscope (1980) + Juju (1981)

Personnage emblématique d'une période mais pas seulement : Icone féminine s'abrogeant des normes sociales, image d'une femme émancipée et libre de tous les diktats de l'époque, et figure de proue de toutes les petites punkettes (à son grand dam, les encourageant plutôt à aller à la recherche de leur propre identité) , elle s'affirme en tant que femme libérée de l'emprise masculine. Au départ, son image de femme puissante, passe quand même très mal avec la presse musicale de l'époque qui ne tolère guère plus que la suprématie masculine. Mais elle ne se décourage pas et accentue son côté provoc', tout en se tenant à l'écart de toutes étiquettes que l'on voudrait lui coller... Déranger et emmerder, voilà son leitmotiv.
Bon, on va passer outre les premiers changements de personnel et passer direct en 1978 et à la sortie de "The Scream" s'ouvrant sur un instru à la mode "Low" de Bowie (pas un hasard puisque c'est une de leurs influences, parmi Bernard Hermann et en particulier la bande-son de "Psycho" ou bien les Velvet Underground... Un hommage quoi). Album possédant le côté nerveux du Punk avec les expérimentations sonores du Post punk, côtoyant une atmosphère révoltée et désespérée à la fois. Ce son va préfigurer la "Vague Froide et Gothique". 



Premier album décalé de ce groupe aux tenues flashy, produit par Brian Eno. Leurs tenues vestimentaires sont influencées par la science-fiction des années 50. Regardez les affiches des films, plutôt kitchs,  présentées sur cette page, vous comprendrez... C'est avec cynisme et dérision qu'ils singent le totalitarisme et le consumérisme. Leur musique est résolument industrielle, très influencée par Throbbing Gristle, mouton noir de l'Industrie musicale; Kraftwerk par leur attitude robotique; John Cage, compositeur de musique contemporaine expérimentale, pour le fait qu'il utilise la musique comme un moyen de construire un nouveau langage, ce que Devo recherche également dans sa démarche artistique.
La régression de l'homme est ouvertement montré du doigt à l'instar d'un son "Eighties" annonciateur de la "Nouvelle Vague".



Thème récurrent de ces trois albums :  la vie urbaine et une critique de la modernité
Ils figurent parmi les précurseurs du punk new-yorkais. Mais ceux-ci se fraient d'emblée une voie inédite. Ils élaborent un rock syncopé, étrangement distancié, qui rappellent les dissonances volontaires de Wire Ou d'XTC : "Comment définir cette musique théatrale, froide et grinçante aux rythme dansant mais qui semble en même temps individualiser la danse aux paroles grinçantes faites pour gêner le chanteur comme son public." Michka Assayas. Les Talking Heads continuent de pratiquer une rock distancié, algébrique et déchainé.
A la différence des punks, ils s'habillent le plus normalement possible. Le chanteur, David Byrne, se produit en veston et passe aisément pour un boursicotteur de  Wall Street. Mais la posture n'est qu'artistique. Sur scène, David Byrne singe un robot déglingué. Fascinant spectacle, un homme d'affaires en crise d'épilepsie se trémousse sur une base disco, au cœur d'une stridente symphonie de dissonances. Mais ils divergent des autres groupes par un trait inattendu, ceux çi lorgnent de plus en plus ouvertement vers la musique noire. Ils puisent dans le rythme n' blues, la Soul Music, le Funk (et attrait pour des musiques de danse qui leur vaut l'ostracisme des punks. Le groupe prône la fusion tous azimuts aux confins du rock, du jazz, de la salsa et du disco.
Les Talking Heads tracent en solitaire un sentier qui les amène en 1978 à collaborer avec Brian Eno.



Mission Of Burma 
Vs. (1982)

Son plus rugueux et plus dur que leur premier EP sorti en 1981 "Signals, Calls And Marches", ce second album sera le dernier de la décennie. 
Ils se séparent en 1983 suite à l'aggravation des accouphènes de Miller, dus notamment au son trop lourd de leurs tournées. Parfois, il ne suffit de faire une dizaine d'albums pour asseoir un son durable qui influencera une foultitude de groupes des 90'S. Il n'y a qu'à écouter "New Nails" pour se rendre compte de l'influence des Mission sur les Sonic Youth... Du langoureux "Dead Pool" au aérien "Trem Two" aux riffs hypnotiques en passant par le bordélique "Train". 
Un excellent opus sinon un des meilleurs de la période mais aussi marquant un temps d'avance sur leur époque en étant l'un des premiers groupes de Rock Indépendant.



The Only Ones
The Only Ones (1978)

Peter Perett, leader mais aussi junkie et dealer notoire, n'était pas ce que l'on pourrait dire un Punk pur et dur dans le sens où, tout comme les Clashs, il s'est vendu (contrairement aux précédents) à une major, CBS... Si l'on prend en considération sa conso exorbitante d'héro, là, effectivement, il fallait de quoi subvenir à ce besoin. Ceci étant dit, la drogue et le rock sont un duo qui a toujours fonctionné assez bien (heu, je n'incite pas, je dis juste que les deux ont une grande histoire d'amour en commun...). Ici, on n'y coupe pas et ceux qui pense que "Another Girl, Another Planet" parle d'une magnifique histoire d'amour entre ados, bah non. C'est tout simplement une ode power pop à piquouse.
L'album fut un échec commercial, peut être du au fait que le groupe était trop vieux pour être punk ou alors trop "underground" pour une major. Perso, je pencherai pour la seconde.



Echo And The Bunnymen
Crocodiles (1979)

Résumons peu, résumons bien, la musique de ce groupe majeur de la période vacille entre le psychédélisme des 60'S (les Door's par exemple - Ray Manzarek participera à l'album éponyme du groupe) et l'énergie du punk rock. "Crocodiles" est néanmoins marqué de pointes Cold Wave, bribes de la musique des Cure. Des textes, il en ressort des thèmes liés à la douleur, l'horreur, le doute, l'angoisse et le désespoir, rien que ça... Tout cela renforcé avec une imagerie animale et sexuelle. Les textes reflètent aussi les craintes de Mc Colloch telles que l'isolement, la mort ou la faillite émotionnelle. Rien qu'en scrutant la pochette de l'album (de Brian Griffin qui signera aussi le "Speak And Spell" des Depeche Mode, entre autres), on ne peut que s'en douter. La photo prise la nuit décrit que le temps est à l'introspection, le désespoir et la confusion. Elle renvoie l'image d'un groupe solitaire, déconnecté de la réalité dans un monde qui aurait mal tourné. La voix de Mc Colloch, entre cris psychosexuels et inflexions à la Bowie, plaintive et profonde, transporte toute la morosité de l'Univers. La basse de Pattinson vient porter les mélodies de l'album. Un album essentiel à la New Wave anglaise qui mélange concision et agressivité, morosité et surréalisme.




Manchester a vu émergé moult groupes aussi singuliers les uns que les autres. Fin 70'S, elle a vu sortir de terre un paquet de groupes de Rock Indépendant autour de l'Hacienda, créé par le fondateur du label Factory (label du disque), Tony Wilson. Mais l'Angleterre souffre de l’augmentation du chômage due aux nombreuses réformes touchant l'Industrie Lourde, menées par Margaret Thatcher en 79. Entre 1961 et 1983, ce sont quelques 150 000 emplois qui disparaissent. La politique de Miss Maggie marquera au fer rouge toute l'Angleterre. C'est dans cette ambiance de sinistrose et de grisaille que pour exprimer leur frustration et se sentir mieux, les Mancuniens se mettent à la musique.
Joy Division reste à ce jour un de ces rares groupes à avoir aussi bien capté une époque. C'est lors d'un concert des Sex Pistols en 76 que les futurs Joy Division firent connaissance. Ian eut un déclic durant ce concert qui le décide à se lancer dans la musique. Il a déjà des prédispositions qui lui viennent de ses diverses passions pour la Littérature, la Musique et l'Art. Il possède surtout un certain talent poétique dès l'âge de 11 ans. Ian répond à l'annonce que Sumner, Hook et Masson avaient déposé dans le Virgin du coin.
Leur premier nom Warsaw est inspirée d'une chanson de Bowie de l'album "Low", "Warszawa". Curtis est un personnage étrange qui dévoile son admiration profonde pour Lou Reed et David Bowie mais voue aussi une fascination morbide pour Jim Morrisson et autres chanteurs morts... Le groupe se décide à changer de nom car un groupe Punk éphémère et plus que quelconque, Warsaw Pakt, venait de sortir un album. Joy Division nait des cendres de Warsaw en décembre 1977. Un nom de groupe qui d'ailleurs fait couler beaucoup d'encre : "Joy Division", "Les Divisions De La Joie" était le nom donné à la division du camp de concentration d'Auschwitz où les détenues servaient d'esclaves sexuelles aux soldats allemands qui partaient pour le front russe. Ils laissent planer ainsi le doute quant à leur adhésion aux idées hitlériennes... Pour eux, il s'agissait de leur souhait "de rendre hommage aux opprimés et pas aux oppresseurs". Il y aurait fort à parier que c'est aussi par simple esprit de provocation que ce nom ait été choisi. Ils étaient régulièrement menacés : "Nous savions que nous n'étions pas nazis, mais les gens écrivaient sans cesse au NME pour nous insulter et nous reprocher d'avoir planqué Eichmann dans notre grenier. Ca n'a fait que nous encourager à continuer à faire ce que nous faisions, parce que c'est comme ça qu'on fonctionnait" (Morris). Tout comme Bowie, Iggy Pop et Lou Reed, ils étaient fascinés par le rayonnement culturel allemand de l'époque. Warsaw est aussi le nom anglais de la ville de Varsovie. Il renvoyait à l'insurrection du plus grand ghetto juif qui se trouvait dans la capitale polonaise. La ville fut rasée et reconstruite dans l'urgence après la guerre. Cette suspicion restera ambiguë du fait qu'après la mort de Curtis les survivants du groupe choisiront comme nom "New Order", "Ordre Nouveau" désignant les groupuscules fascistes naissant dans les années 30.
Ils veulent aussi marquer le coup en adoptant un style musical beaucoup plus épuré et minimaliste : ils cassent la dynamique speed et l'urgence du Punk et optent pour un style beaucoup plus lent aux tempos hypnotiques et aux basses mortifères. La voix ténébreuse et monotone de Curtis vient s'ajouter au désespoir de cette musique porté par des textes plaintifs exprimant le tourment intérieur et ses souffrances psychologiques : c'est la naissance de la Cold Wave et "Unknown Pleasures" est la pierre angulaire d'une révolution sonore. Curtis cultivait un intérêt particulier aux désordres psychologiques (intérêt que portait également Jim Morrison) qui finissent par le rattraper au galop... L'album, bouclé en 4 jours, doit beaucoup à son producteur Martin Hannett. En usant d'expérimentations diverses et variées, il sublime les sonorités du groupe. Il utilise notamment la séparation des sons (cette technique sert beaucoup dans la réalisation d'un Rock Psyché) : il isolait chaque instrument pour les retravailler séparément avant de les rassembler : les sons de guitare s'en retrouvent étouffés, remodelés avec une console Marshall Time Modulator; la batterie est complément disséquée (grosse caisse, caisse clair puis charleys) ce qui donne à l'assemblage un son complètement anarchique. Pour garder le rythme, le batteur devait se taper sur la cuisse... Imaginez les ecchymoses ! Il applique également un écho très court à la batterie. Il donne ainsi à cette dernière l'impression d'être enregistrée dans une pièce au plafond d'une hauteur conséquente. Cette expérimentation vient du fait que lorsque le groupe jouait dans de petites salles, le bruit couvrait tout. Ceci a pour effet d'ajouter un son particulier similaire au son qu'une église dégage; il utilise également des bruits divers comme le bruit métallique d'un ascenseur qu'il enregistra avec un micro ou celui d'un verre brisé ("Insight" et "I Remember Nothing"); la proximité sourde de la basse rajoute un sentiment de claustrophobie.
Pour sublimer le son naissant des 80'S, Tony Wilson, manager des Joy Division et co-fondateur de Factory Records fait appel à Peter Saville pour la conception de la pochette. Ce disque sombre se doit d'être à l'image de sa pochette. Saville choisit une de ses maquettes qui retravaille les ondes d'une image de l'encyclopédie astronomique de Cambridge "100 Consecutive Pulses From The Pulsar CP 1919". Elle représente les ondes du premier pulsar en 1967. Cette pochette représentant une étoile en train de mourir est plus que prémonitoire...
Les textes de Curtis s'opposent au ton revendicatif et provocateur du Punk. La solitude, le mal être et autres souffrances psychologiques et physiques sont des thèmes récurrents dans cet album. "Disorder" évoque la  difficulté à se sentir être et de s'intégrer; "She's Lost Control" décrit la mort d'une jeune femme épileptique, maladie dont il souffrait aussi, qu'il avait connue lorsqu'il travaillait dans un centre de réadaptation. Ces dix titres distillés dans une infinie tristesse donne le ton à une époque en proie à la désillusion. Entre une culpabilité exacerbée due à sa relation extraconjugale, l'abandon de sa femme et de sa fille (à laquelle il a du mal à s'attacher) et cette maladie qui nécessite un traitement lourd (à base de Gardenal et de Carbamazépine qui lui brouillaient l'esprit et le minaient), le chanteur plonge dans une profonde dépression. La surcharge de travail (prochaine sortie de "Closer", préparation d'une tournée américaine) mêlée au fulgurant succès du groupe viennent à bout du leader qui finit par se pendre le 18 mai 1980 avec en musique de fond, "The Idiot" d'Iggy Pop...
Ce chef d’œuvre musical à mi-chemin entre entre spleen baudelairien et morbidité morrissonienne, annonce la fin du Punk et souffle une vague de grand froid. C'est un des plus beaux disque de Rock et renouvelle ces 80'S, une génération vêtue de noir, tels de petits saules pleureurs à l'image de Robert Smith. Le deuil se perpétue.

"I've been waiting for a guide to come and take by the hand".

Ici C'est Sympa Aussi :-))