Chez Wam

"Mon meilleur conseil à l'attention de quelqu'un qui veut se mettre à faire de la musique : imaginez que la musique est une grande Mona Lisa et dessinez-lui une moustache !",

Flea.

:-)

mardi 19 juillet 2011

Fight Club (1999)





Genre : Thriller
Pays : Etats-Unis 
Réalisateur : David Fincher
Sortie Française : Le 10 novembre 1999


Comme certaines rencontres ou évènements peuvent changer votre façon de voir les choses, voire donner une direction nouvelle à votre vie, un livre ou un film peut tout autant vous marquer et vous servir de guide pour concevoir votre vie autrement. C’est un peu ce qu’il m’est arrivé (non, je ne me suis pas mise à la boxe Thaï^^) avec ce film : une grosse bouffée d'oxygène après un gros passage à vide mais je vous passerai les détails, j'en ai déjà trop dit sur les "hasards nécessaires". Il a déclenché beaucoup de choses chez moi, une prise de conscience de ce qui m’entourait, ma manière de vivre, les valeurs que l’ont m’a transmises (et je pense que je ne suis pas la seule) ce qui m’a amené à vouloir l’analyser.
Premier visionnage : grosse claque dans la tronche et pourtant ce n’était pas parti pour… Pour la petite histoire, j'habitais sur Lannion à l'époque (en 2000, début de siècle, ou presque…) et un soir, je m'emmerdais... Un petit tour au Cinébank du centre ville. Je passe un bon quart d'heure à essayer de choisir un film et je tombe là dessus. Je me dis Brad Pitt, ok; Edward Norton, que j'avais vu dans "American History X" et que j'avais adoré... Bon, ça devrait le faire. Je rentre chez moi après un passage rapide au tabac du coin. Tout juste si je ne pique pas du nez pendant les ¾ du film... Et là, juste au moment où le narrateur se rend compte que Tyler c'est lui, ça m'a fait le même effet qu'à lui dans le film. Alors du coup, je me dis que j’avais du louper un truc... Et puis, s'en suit le "Ah ouais okAYYYY !!" pendant le dénouement. Même si j'ai raté les 3/4 du film, je me dis quand même qu'il faut avoir une sacrée dose d'imagination pour pondre un truc pareil tellement c'est tordu ! Tordu, certes, mais vachement bien fichu et percutant, un de ces films qui réveille votre inconscient et vous donne matière à réfléchir.  
Ce film est d'abord tiré d'une nouvelle de Chuck Palahniuk (d'ailleurs, je vous conseille de lire "Survivant" et "Monstres Invisibles"), écrivain américain dont les thèmes les plus souvent abordés dans ses livres sont la mort, la morale, l'enfance, la parentalité, la sexualité et Dieu. Ses personnages sont en général anti-conformistes (Tyler, dans le film, en est un bel exemple). Il tourne autour de trois grands thèmes : La difficulté des relations entre êtres humains, les relations hommes/femmes, Parents/enfants, la perte de repères due à une éducation défaillante donc des valeurs familiales, la structure familiale n’étant plus la même depuis l’après guerre (monoparentalité etc.) et par conséquent, toute la difficulté de se remettre en question et de s’accepter avec ses casseroles; La Société de consommation, ce bouquin/film traite d’une certaine manière de la désagrégation de la société rendant les êtres humains dépressifs. Les faits divers quotidiens parlent d'eux mêmes...

La difficulté des relations entre êtres humains

Fight Club est le reflet du mal être de toute une génération d’hommes, la « Génération X », « élevée par des femmes ». Ce mal-être prend sa source dès les conditions de sa naissance et s’amplifient avec les valeurs que nous inculquent la cellule familiale mais aussi les idées que véhicule cette société. L’enfance de Tyler est pour 90% la cause du déclenchement de son mal être et s’amplifie avec les valeurs que véhicule la société. Il reproduit le schéma affectif de ses parents c'est-à-dire la construction de leur couple et les valeurs transmises, et la plupart du temps de manière inconsciente.
Ecrivez sur une feuille en deux colonnes avec dans la première la relation qu’entretenaient vos parents entre eux et l’éducation qu’ils vous ont donné et dans une deuxième colonne, vos relations affectives, votre manière de les aborder, l’éducation que vous avez transmis à vos enfants si vous en avez. Deux possibilités s’offrent à vous : soit vous reproduisez exactement le schéma affectif de vos parents avec vos relations amoureuses et vos enfants soit vous faites totalement le contraire, et tout cela de façon inconsciente bien entendu.
Tyler ne connaît pas son père ou peu car il est parti lorsqu’il avait six ans. Il raconte que son père se remarie tous les six ans, s’installe dans une nouvelle ville et refonde une nouvelle famille : « Il monte des franchises à travers tout le pays ». Ainsi, par le Fight Club, il se recrée une simili-famille avec les membres qui la composent, un Fight Club par état, à la cadence d’un tous les six ans… Nous savons donc que Tyler a été élevé par sa mère. Il est dit que les hommes des 90’S sont une génération d’hommes élevés par des femmes, elles-mêmes, génération de femmes célibataires vivant seules avec leurs enfants, que l’on appelle en sociologie, une génération de familles monoparentales qui ont démarré dans les 90’S. Cette génération de femmes pourrait être représentée par Marla, seul personnage féminin du film à peu de chose près qu’elle n’a pas d’enfants. La figure paternelle pour un garçon symbolise l’autorité, l’affirmation de soi, de sa masculinité. En l’absence d’autorité paternelle, Tyler se cherche donc en tant qu’homme. Le seul moyen pour lui de prouver sa masculinité, sa virilité est de se battre, de prouver qu’il est le plus fort. Le Fight Club représente pour lui l’autorité paternelle. Le fait de détruire les sociétés mères de cartes de crédit est pour lui un moyen de tuer le mal par la racine, c'est-à-dire détruire les « franchises » que son père a fondé à travers tout le pays (et qui symbolise aussi la société de consommation en elle-même…).  
Les relations qu’entretient Tyler avec les femmes sont difficiles. Avec Marla, il reproduit le schéma affectif de ses parents : Marla et Tyler ne sont jamais dans la même pièce ; le personnage de Jack (le narrateur dans le film) fait passer des messages entre eux. C’est ce que font ses parents des années durant et Jack fait passer des messages entre ses parents.
Quoi qu’il en soit, sa rencontre avec Marla a déclenché quelque chose d’inexplicable chez lui : elle assume sa condition de fille paumée, ce que lui n’assume pas du tout. Comme dit Tyler : « Elle va jusqu’au bout, elle arrive à toucher le fond ». Dans la scène de la dispute au sujet des réunions associatives, Jack lui reproche de n’avoir aucun problème (d’ailleurs, lui non plus… « Tu n’es qu’un imposteur… »). Effet miroir, le mal de vivre de Marla le revoit à son propre mal de vivre mais il se rend tout de même compte qu’il a besoin de son affection. Quant à Tyler, il essaye de lui faire comprendre qu’il n’a pas besoin des réunions pour vraiment toucher le fond.

La société de consommation

Tyler est un anarchiste qui mène une grande guerre spirituelle contre la société de consommation. Pour lui, tout ce qu’on nous montre à la télévision n’est qu’une illusion. Il distingue parfaitement le vital du superflu : « Nous sommes tous esclaves de quelqu’un ou du moins de quelque chose car nous avons tous un rôle à jouer dans la société », une société élitiste et individualiste dont il n’adhère absolument pas. Le conformisme n’est pas pour lui. Jack nous fait part de son angoisse par rapport à la société de consommation, à l’attachement aux biens matériels ou au manque de valeurs humaines des grandes entreprises, aux relations interpersonnelles. Il est conscient de ce qui l’entoure et est écoeuré du format de vie conventionnelle qu’on veut lui imposer. La société de consommation vendue dans les médias nous tous esclaves du matériel : « C’est une génération qui n’a pas de but précis mais qui peut vivre dans l’espoir d’être heureuse et de ne plus être trompée par la télévision, dans l’espoir qu’un jour on serait milliardaire mais rien de tout cela n’arrivera ». La culture du matériel est bien représentée par la scène du catalogue « Fürni » (référence à Ikéa comme tout le monde le sait) où l’on voit Tyler se promener dans un appartement initialement vide et se remplit, au fur et à mesure qu’il s’avance, il décrit chaque objet et sur chaque objet apparaît son étiquette mentionnant sa description et son prix comme dans un catalogue (procédé repris par Jan Kounen dans « 99 Francs »).  Une autre scène montre Tyler en train d’extrapoler sur le fait que « les marques vont bientôt nous posséder » mais également la scène du voyage à travers sa poubelle « multinationale ». Il reproche aux hommes d’être des esclaves du consumérisme et de faire passer au second plan les valeurs humaines. Tout n’est qu’individualisme et indifférence. Il voudrait ramener l’homme à l’état naturel (Cf Jean-Jacques Rousseau). Le nombre d’associations de cancéreux, de sidatiques auxquelles il participe en se faisant passer pour malade comme ceux qui les fréquentent représente tout cela : Tyler nous montre que toutes les personnes qui y participent sont là pour faire part de leur douleur et n’écoutent pas vraiment ce que les autres ont à dire, parfois même dans l’indifférence la plus totale. Par le biais de ces associations, il cherche un moyen de comprendre ce qu’il est, ce qu’il est capable de ressentir face à ces concentrés de douleur, de misère.

La personnalité schizophrène du narrateur, trouble dépressif

Cette perte de repères se traduit par une personnalité schizophrène : ses insomnies le mènent jusqu'à ne plus savoir où il se trouve, d’être amnésique, il se réveille dans des endroits qu’il ne connaît pas sans savoir ce qu’il s’est passé entre temps sauf lorsqu’il fait l’amour à Marla, tout ça avec une impression de déjà-vu. A certains moments, il se demande vraiment s’il dort. Il se rendra compte par l’entremise de Tyler qu’il est insomniaque. Lorsqu’il croit qu’il dort dans sa chambre d’hôtel, il va en fait faire fonctionner les clubs de combats qu’il a montés à travers tout le pays. Il arrive à se rendre dans trois clubs différents dans une même journée. Ces sont les décalages horaires qui le rendent insomniaque. Son travail n’est en fait qu’un prétexte pour se déplacer car au fond il s’y désintéresse complètement. Il est sujet à des périodes de crise lorsqu’il prend la personnalité de Tyler. Tyler est un vendeur de savon qui travaille aussi comme serveur dans un restaurant, comme monteur dans un cinéma, c’est quelqu’un de charismatique, possède une grande confiance en lui, il a un réel don pour s’exprimer et aller au bout de ses idées, en l’occurrence tout le contraire de Jack, le personnage qu’il est dans ses moments de lucidité. Jack est un employé typique qui travaille pour une sous-branche d’un fabriquant automobile. Il est parfaitement intégré dans la société. Il est pessimiste, renfermé, frustré, incapable de faire quelque chose d’original sans l’aide de Tyler. Les deux personnages sont conscients de ce qui les entourent, sont écoeurés du format de vie conventionnelle et sont prêts à tout pour rehausser leur quotidien. Tout ce que Jack n’arrive pas à exprimer, c’est Tyler qui le fait à sa place : « Tu cherchais un moyen de changer ta vie, tu ne pouvais pas y arriver tout seul ; tout ce que tu souhaitais pouvoir accomplir c’est moi. J’ai la tête que tu voudrais avoir, je baise comme tu voudrais baiser, intelligent, adroit, libre, tout ce que je suis et que tu n’es pas, sur tous les plans où tu ne l’es pas. Tous les gens font cela tout le temps, ils se parlent à eux-mêmes, d’être tels qu’ils aimeraient être mais n’ont pas le courage comme toi d’aller jusqu’au bout… Tu es toujours toi finalement et tu acceptes peu à peu d’être Tyler Durden ». Toutes ses émotions refoulées sont exprimées à travers Tyler.
Dans la scène de fin, il dit à Marla : « Tu m’as rencontré à un moment étrange de ma vie » : ayant touché le fond, il est prêt à redémarrer sa vie.  

Malgré son aspect glauque et violent (violence nécessaire, porteuse d’un message), ce film est tout de même porteur d’espoir, qu’après de gros passages à vide, il est possible de redémarrer sa vie en se libérant au passage de chaines qui peuvent nous emprisonner (aussi bien personnelles qu’environnementales) et nous empêchent d’avancer. C’est bête à dire mais les galères sont bien souvent plus porteuses de leçons que les réussites ou plutôt devrais-je dire que ces galères nous mènent vers la réussite de notre vie.

Ici C'est Sympa Aussi :-))